GROS PLAN SUR HORTENSE MBEA, UNE CREATRICE OCEANAISE BASEE A ADDIS ABABA (ETHIOPIE)

Peuples de l’Océan c’est aussi un Magazine ici sur la toile où nous vous offrons plusieurs rubriques, progressivement. Pour le compte de notre Magazine en ligne, nous allons à la rencontre des Océanais/ses qui s’illustrent par un quelconque talent, soit de création de concepts de projets ou de toutes autres réalisations qui s’avèrent utiles pour les uns et les autres ou nos communautés. Nous sommes allés cette fois ci, à la rencontre de Mbéa Hortense, une Océanaise de Mboamanga qui vit à Addis Ababa (Capitale de l’ Union Africaine) avec sa famille. Elle a créé le concept Afropian qui a attiré notre attention ici sur Facebook, après que quelques images nous défilent sous les yeux. Hortense est une amie de Peuples de l’Océan et contributrice a l’occasion dans notre forum Peuples de l'océan sur Facebook . Elle a accepté de répondre à notre jeu questions/réponses afin de nous parler plus amplement de son concept en l’Ethiopie où elle vit et Afropian son nouveau concept.


Peuples de l’Océan (PO): Mbéa Hortense, bonjour/Bonsoir, Posons le décor : Tu vis en Ethiopie plus précisément à Addis Ababa, depuis quelques années. Parles-nous un peu des Ethiopiens et de la communauté dans laquelle tu vis à Addis Ababa? Te sens-tu chez toi, à la maison là-bas en tant qu’ Africaine?


Mbéa Hortense (MH): J’ai découvert l’Ethiopie en 1999 pour la première fois, j’y rendais visite à mon père. A l’époque, le pays était encore plutôt en retard par rapport au reste du continent et au reste du monde en termes de développement, mais j’avais été déjà frappée par la fierté et l’authenticité de la population. Apres mes études, j’y suis revenue pour m’y installer, de 2002 à 2012. J' en suis partie de 2012 à 2017 pour des raisons professionnelles et y suis revenue depuis septembre 2017, pour y travailler de nouveau et y créer aussi ma marque Afropian. Les Ethiopiens d’aujourd’hui sont plus ouverts que ceux que j’ai connus en 1999, ils ont été plus exposés au reste du monde grâce aux nouvelles technologies et ca a aidé à faire évoluer les mentalités. Il est à présent quasi-impossible que l’on m’interpelle d’un « barria » (esclave) dans la rue, alors qu’à une époque cela m’arrivait très fréquemment. Il faut savoir que l’Ethiopie n’a jamais été colonisée et ca crée parfois un complexe de supériorité chez certains par rapport aux autres Africains. Ceux qui ne sont pas éduqués disent même que l’Ethiopie n’est pas en Afrique, d’ailleurs j’ai longtemps appelé ce pays « une ile sans la mer ». Mais ca change, il y a un véritable réveil de la conscience africaine ici, surtout parmi les jeunes. Et n’oublions pas qu’ Addis Abeba est la capitale diplomatique de l’Afrique puisqu’elle abrite le siège de l’Union Africaine depuis la création de l’OUA. Je suis chez moi ici, c’est pour cela que j’y suis revenue. Je trouve les Ethiopiens très chaleureux et authentiques, une fois que l’on a réussi à se faire accepter. C’est une culture riche et basée sur la dignité et le respect. C’est le pays idéal pour élever des enfants car les tares des autres sociétés y sont très mal vues (drogue, promiscuité, alcool, fainéantise, insolence….). En outre, mon mari est à moitié Ethiopien, donc je peux légitimement dire que c’est mon pays !


PO : Tu es sans ignorer qu’il existe beaucoup de mauvaises/fausses perceptions de l’Ethiopie et de l’Ethiopien dans le sud du Sahara, notamment avec les problèmes climatiques qu’ils ont connu, et qui ont provoqué la famine qui a ravagé une bonne partie de la population de ce pays pendant de longues années. Aujourd’hui, de “pays pauvre”, l’Ethiopie offre un autre visage à l’Afrique et au monde entier de modernisee. Toi qui y vis, dis-nous où les Ethiopiens puissent t-ils cette capacité de renverser le cours des choses?


MH : Ce ne sont pas les problèmes climatiques qui ont causé la famine de 1984, mais plutôt le dictateur de l’époque : Mengistu Haile Mariam. Il avait instauré le régime de la Terreur rouge (communiste) qui a duré 19 ans et fait des dizaines de milliers de morts. Il a affamé une certaine région du pays car elle était récalcitrante à sa dictature. L’Ethiopie est un pays vert et fertile, tout y pousse. Il est temps d’éduquer les Africains sur la véritable histoire de ce pays. Pour répondre à la deuxième partie de ta question, l’Ethiopien est très patriote et travailleur. Il veut le développement de son pays et est prêt à se sacrifier pour cela : par exemple, le grand barrage sur le Nil (Renaissance Dam) qui est en cours de construction a été financé en grande partie par des contributions de la population et de grandes sociétés de la place. C’était un effort national auquel même les plus pauvres ont participé. Le gouvernement est aussi très visionnaire et investit énormément dans les infrastructures et le développement, grâce à des plans de développement très clairs (Growth and Transformation Plan)


PO : AFRO-PIAN !!!!??? Afropian… !!! Nous avons vu quelques images du lancement de ce projet ici sur Facebook. Les produits sont saisissants et fascinants. Mais dis-nous, Hortense, a) C’est quoi Afropian ? b) C’est pour qui? Et c) c’est pourquoi?


MH : Afropian, c’est…. moi ! Ca veut dire Afro-Ethiopian. C’est un nom un peu taquin, « tongue-in-cheek ». Je me voulais un pont entre l’Éthiopie et le reste de l’Afrique. Pour tous ces Africains qui disent que les Ethiopiens ne sont pas comme nous, et pour tous ces Ethiopiens qui disent encore qu’ils ne sont pas Africains. Afropian c’est mon expérience d’Africaine en Ethiopie et tous les points communs que je vois entre ce pays et le reste de l’Afrique subsaharienne. Je voulais montrer nos similitudes. Je fabrique moi-même les bijoux Afropian, en dépit de mon emploi du temps chargé, et dessine tout le reste pour le faire exécuter par des artisans. C’est une marque pour tous ceux qui veulent s’entourer de ce qui se fait de mieux en Afrique. Je puise dans nos traditions artisanales ancestrales et m’appuie sur notre savoir-faire et notre excellence, en y apportant une touche de modernité et toujours ce mélange panafricain. C’est une « lifestyle brand » donc on y trouve tout depuis les accessoires (bijoux, écharpes, sacs) jusqu'au linge de maison (mes couvertures, les « Gabitiks » sont déjà célèbres ici en Ethiopie!), de la déco (sculptures en bronze ou bois, tentures et autres) et quelques meubles. C’est une marque de luxe africain, luxe pas parce-que tout est cher mais luxe car tout vient d’un travail artisanal minutieux, toutes mes matières sont nobles et tout a un sens et une histoire. J’utilise par exemple beaucoup de toiles africaines tissées et teintes à la main comme le bogolan malien, le gabi éthiopien, le batik, la soie éthiopienne ou le tissu Bamoun. Tout mon cuir est éthiopien car il est de renommée mondiale, d’excellente qualité. Je fais travailler des bronziers d’Afrique de l’Ouest, formés depuis des générations à la technique de la cire perdue. Je travaille aussi avec plusieurs coopératives de femmes artisans et une coopérative de jeunes : ce sont les deux groupes les plus défavorisés économiquement en Afrique et j’essaie ainsi d’apporter ma contribution sociale.


PO: Quels sont les objectifs/visées immédiats et à moyen terme d’Afropian?

MH : Sur le long terme, je veux faire passer un message panafricaniste. Je souhaite faire rayonner notre savoir-faire et notre richesse culturelle à travers mes produits, aussi loin que possible. J’espère aussi pouvoir employer davantage d’Africains un jour. Sur le court et moyen terme, je suis en train de m’appuyer sur mon réseau pour organiser des échanges et formations pour mes artisans. Des ouest Africains viendront en Ethiopie et des Ethiopiens iront en Afrique de l’Ouest et centrale.

PO : Mbéa Hortense, on ressent beaucoup d’affection et de passion dans ce que tu fais en en Ethiopie…Comment peut-on situer ton action en tant que femme dans une Afrique et un monde en mouvement permanent ?

HM: Mouvement, oui. Oubli et acculturation, non. Je suis tellement fière d’être Africaine et noire ! Et je l’ai toujours été, j’ai été élevée par des parents passionnés de leur pays et de leur continent et très fiers. Ils m’ont transmis ca et ce sentiment leur a survécu. Je serai toujours un porte-étendard pour l’excellence africaine. Du moins, j’essaierai. Défendre ce que nous sommes, dans un monde qui semble être contre nous, est un impératif. N’oublions pas de qui nous descendons, n’oublions pas ce que nous étions avant le pillage systématique de nos ressources naturelles et humaines par l’esclavage et la colonisation. N’oublions pas l’Egypte, les Dogons, les Khoi san et les Banohos ! Aimons notre continent et soyons-en fiers, il le mérite !

PO : Si on te demandait de nous faire une visite guidée rapide d’Ethiopie, que nous montrerais tu ?

MH: L’Ethiopie a été déclarée destination touristique de l’année en 2015 et 2017. Il y a tant à voir ! Déjà les festivals religieux, car n’oublions pas que la Reine de Saba a apporté le christianisme dans son pays et que ce pays a plus de 3000 ans d histoire. On irait à Lalibela voir les églises souterraines mystérieusement creusées dans la roche ; à Axum voir l’obélisque volée par les Italiens et rendue il y a quelques années ; à Gonder voir les restes de la civilisation arabo-musulmane ; au Danakil, admirer le volcan ; aux Monts Simien, voir la majesté de Dieu et on terminerait à Langano, le lac doré, car nous sommes un peuple de l’eau ! Et avant de reprendre le vol à Addis depuis le bel aéroport de Bole, on irait voir un spectacle de danse traditionnelle, en mangeant de l’injera et de bonne grillades et en buvant du tedj (hydromel Ethiopien) ou de l’arake (gin éthiopien) !

PO : Que conseilles tu aux Océanais/es et autres amis/es des Océanais/es qui aimeraient visiter l’Ethiopie ?

MH : De venir sans craintes et sans à-prioris. Je ne connais aucun Camerounais qui ait visité l’Ethiopie sans l’aimer. Au Cameroun, les visas se prennent chez Ethiopian Airlines, notre superbe compagnie nationale aux nombreux prix et récompenses, et aux magnifiques hôtesses de l’air ! C’est aussi un pays où on peut investir facilement et sans craindre la corruption.

PO : Comment on dit au revoir en Ethiopien, ou langue locale principal ?

MH : L’Ethiopie est une fédération et chaque état a sa langue officielle. Il y a environ 200 langues locales dans cet immense pays. Je vis en région Amarra et la langue officielle est l’Amarrhique. C’est une langue à déclinaisons, c’est-à-dire que selon que l’on s’adresse à une femme, un homme, une personne âgée ou un enfant, la terminaison du mot change. C’est la manifestation par la langue de la hiérarchie sociale. A vous, mes frères Oceanais, je dirais Dehna yalou!

Merci, Peuples de l’Océan, pour cet entretien. J’espère qu’il aura éveillé la curiosité de nos frères quant à l’Ethiopie et à notre histoire africaine, et détruit certains mythes négatifs.

PO : Hortense Mbéa, on aurait voulu continuer cette interview et te poser d’autres questions, mais nous sommes conscients que tu es une chef d’entreprise très demandée... Tout le plaisir reste le nôtre de savoir que nous avons rempli notre mission de Peuples de l’Océan, celle faire découvrir des figures, des talents, des leaders, des créatrices comme toi, soucieuses de donner une image autre de l’Afrique de cette ère nouvelle des technologies numériques, avec toutes ces informations que tu nous as gracieusement offertes. Notre continent Africain a besoin des figures, des leaders, des conceptrices de concepts comme Afropian, capables de porter une force, une dynamique capable d’être à la fois la résurrection, la promotion, l’enseignement de l’histoire de l’humanité par une Afrique qui lui a donné sa base artistique et spirituelle. Ton concept est un tout, une force et nous ne pouvons que lui souhaiter d’attirer des forces de Progress qui redonnent à l’Afrique, sa force communautaire qu’elle a perdue. Ta tâche n’est pas mince, mais elle est accomplissable et déjà, ton pont se construit pour relier le Sud Sahara avec cette Ethiopie Bantu avec son autre partie. Chers membres et amis/es de Peuples de l’Océan, notre magazine est gratuit, tout ce que nous vous demandons poser vos questions a Mbéa Hortense sur son travail et son autre communauté d’adoption en Ethiopie.

Cette interview a été conçue et mise en page par Alph Mpeke pour Peuples de l’Océan magazine (Décembre 2017)

On remet la suite d’ici la. Quand à nous membres et amis/es, on vous dit a tout de suite !

vistez sa page officielle ici

https://www.facebook.com/hortense.mbea

© Cette interview a été conçue et mise en page par Alph Mpeke pour Peuples de l’Océan magazine (Décembre 2018)





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